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Histoire politique du barbelé

couverture

Olivier Razac
La fabrique, 2000

Né en 1874, et bien qu'expression malingre du génie mécanique, le barbelé a conservé sa redoutable efficacité pour délimiter les espaces. De la prairie américaine où son brevet fut déposé, aux camps de concentration, en passant par les tranchées de 14-18, Olivier Razac en étudie l'histoire politique avec une compétence tout à fait sûre.Dans la lignée du Foucault analysant la montée en puissance du biopolitique dans les sociétés démocratiques, ou d'Agamben prolongeant cette réflexion, il nous offre ainsi une leçon de philosophie de l'histoire très convaincante. La guerre du barbelé marqua tout d'abord la fin d'une civilisation : celle des Indiens d'Amérique. En découpant, fermant, individualisant l'espace, le barbelé brisa de fait la structure communautaire de la société indienne. En 14-18 on le vit s'inscrire dans une esthétique du désastre, comme composante essentielle d'un cauchemar peuplé de cadavres désarticulés. Avec le camp, le symbole s'accomplit, semble-t-il, dans sa plénitude et permet d'identifier immédiatement le paysage concentrationnaire. Elément clé de sa gestion, il sépare en fait l'homme de celui à qui on ne veut plus reconnaître la qualité d'être humain. Le barbelé refoule ainsi vers cet extérieur toute une frange de l'humanité, ouvrant dans le même temps ce qu'il entoure sur un abîme. Opérateur actif entre ce qui doit vivre et ce qui doit mourir, il trace définitivement l'extérieur effroyable de notre civilisation.