Les Renseignements Généreux - autodéfense intellectuelle, informations et alternatives

Le Postillon N°11

Edito

Tout a commencé par une idée de notre conseiller en communication. « Vos ventes ne sont pas mauvaises, mais vous ne progressez pas très vite. Il faudrait surprendre, frapper un grand coup. Dans ma business school, on m’a appris que les numéros spéciaux étaient une technique pour faire décoller les ventes ». Devant nos yeux brillant d’excitation à cette perspective, il a poursuivi : « Vous devriez faire un numéro Spécial été, avec plus de pages et où vous parleriez d’autres choses que Grenoble ». Là, ce n’est pas passé. D’accord on est prêts à tout pour augmenter notre chiffre d’affaires, mais quand même, sortir de la cuvette, ah ça non. Et pourquoi pas adopter un envoyé spécial à New-York, tant qu’on y est ? « Mais non, vous n’avez rien compris. Je voulais vous suggérer de parler des environs, d’endroits qui sont en lien avec Grenoble, pour donner de la profondeur, du relief, de la perspective... » Il a tellement utilisé de beaux mots compliqués qu’au final on s’est laissés convaincre. Alors on a pondu le 16 pages que vous avez entre les mains, avec un reportage dans la vallée sinistrée de Livet-et-Gavet, un autre dans le massif de Chartreuse, et un gros dossier sur le Sillon alpin, la mégalopole qui vient, sur un de ses leaders Jean Therme et ses répercussions sur le domaine universitaire. Comme on avait peur d’aller dans des territoires inconnus, on a appelé à l’aide nos confrères de « La Voix des Allobroges », site internet d’information indépendant ayant pour unique défaut d’être savoyard. Ils ont gracieusement accepté de nous donner un coup de main, et on s’est dit après coup qu’on avait vraiment bien joué. Un de leurs journalistes étant poursuivi par le parquet pour avoir osé couvrir une manifestation sans carte de presse (ô sacrilège), ils sont en ce moment en pleine exposition médiatique : s’associer à eux ne peut être que bénéfique pour nous. Bref, tout se présente pour le mieux, il ne manque plus que vous profitiez de ce numéro spécial pour faire connaître Le Postillon à votre entourage habitant autour de Grenoble. Allez, au boulot !

Au sommaire de ce numéro Spécial été :

  • Chartreuse : Tensions autour de la station de trail

Le lièvre et les chemins tortueux

Lecteurs, lectrices, approchez-vous donc que je vous narre un conte moderne (1). L’histoire prend place dans les contrées de Chartreuse, à Saint-Pierre-de-Chartreuse exactement. Une bourgade d’environ 800 habitants située à une trentaine de kilomètres de Grenoble, en plein milieu d’un massif que d’aucuns qualifieraient de charmant, entre forêts épaisses, sommets accessibles, gorges mystérieuses et grandes falaises calcaires. Tellement charmant que depuis 1995, un Parc Naturel Régional est censé protéger l’endroit et préserver son environnement. Les autochtones sont agriculteurs, restaurateurs, sylviculteurs, éleveurs, hébergeurs, artisans,... ou vont pointer à la ville pour gagner de l’argent. Car, dans ce genre d’endroit, il est bien difficile de développer ce qui fait l’essence de la vie moderne, c’est-à-dire une activité économique. Ici, pas de grandes entreprises, pas de grands noms, à part l’ancestral Monastère de la Grande Chartreuse, producteur de la célèbre liqueur éponyme. Alors quand une entreprise de plus de 25 salariés, répondant au doux nom de « Raidlight », propose de venir s’y installer, personne ne reste insensible. Voilà, le décor est planté. Laissez-moi maintenant vous raconter la suite, une histoire d’apparence anecdotique, mais qui en dit long sur notre époque, les fameuses « nouvelles pratiques de la montagne » et les efforts des uns et des autres pour essayer de rentabiliser ces territoires désespérément non-productifs que sont les espaces montagnards.

  • Notre bon plan pour les vacances : Une journée a Livet-et-Gavet

Derrière le mythe Grenoblois : un désert industriel

A Grenoble il n’y a pas de charbon, pas de pétrole, pas de métal précieux. Il y a mieux : à Grenoble, il y a de l’eau. Aux origines de la Cuvette, elle a façonné notre paysage. C’est par elle que l’hydroélectricité autrefois, et la microélectronique aujourd’hui, ont colonisé ce territoire. L’eau est la matière première de l’industrialisation locale, mais elle est surtout à la source des deux mythes industriels locaux : la houille blanche et les nouvelles technologies. Pourquoi s’attaquer aux mythes ? Parce qu’ils ont pour fonction de rendre acceptable ce qui détruit nos vies. Et sans eux, c’est tout l’édifice qui s’effondre. Voici le récit d’une escapade dans l’un des centres nerveux de l’industrie régionale. Histoire de comparer le mythe à la réalité.

  • Une ville unique de Genève à Valence

La métropole trace son sillon

De tout temps, les chefs de guerre ont eu pour principale ambition de diriger un maximum de soldats, pour d’évidentes raisons de supériorité numérique de « chair à canons ». Aujourd’hui où la guerre est devenue économique (en Occident du moins), et où baïonnettes et bunkers ont été troqués contre éprouvettes et « World Trade Center », les dirigeants cherchent toujours à voir grossir la masse de leurs administrés pour pouvoir « peser » au niveau international, et pour la santé de leurs égos. La compétitivité d’un territoire se mesure alors au nombre de ses habitants et à l’étendue de ses constructions. C’est cette logique qui amène les élus du Sillon alpin à vouloir construire un « pôle métropolitain », c’est-à-dire une ville unique de Genève à Valence. Après s’être incrusté à une conférence de presse, notre envoyé spécial nous dresse un état des lieux de l’avancement de ce projet.

  • Un reportage au village de Jean Therme, le leader du Sillon Alpin

« Il est gentil Jeannot »

Directeur du CEA-Grenoble (Commissariat à l’Énergie Atomique) ; directeur de la recherche technologique et directeur délégué aux énergies renouvelables au CEA-France ; membre de l’Académie des Technologies et de multiples conseils d’administration ; président du High Level Group « Key Enabling Technologies » à la Commission Européenne... Jean Therme a des journées bien remplies et n’a rien à envier aux politiques cumulant les mandats. Lui n’a jamais été élu, est inconnu du grand public et porte pourtant de lourdes responsabilités dans des domaines publics. Instigateur de Minatec (premier pôle européen pour les micro et nanotechnologies), de GIANT (projet visant à transformer la presqu’île grenobloise en un « campus mondial d’innovation »), et de l’urbanisation intensive du Sillon Alpin (c’est l’auteur de la fameuse citation (1)), il est en quelque sorte l’officieux adjoint à l’économie et à l’urbanisme de Grenoble. Et pourtant, lui qui s’active pour transformer Grenoble en une cité high-tech et le Sillon Alpin en une grande ville lumineuse, habite toujours dans son petit village natal de Saint-Jean-d’Arvey, sur les hauteurs de Chambéry. Le mythe journalistique veut que là-bas, le week-end, il « monte sur son tracteur, fait les foins et protège ses moutons des attaques des lynx » (JDD, 5/07/2009). Les deux paparazzis du Postillon se sont rendus sur place pour vérifier cette légende et en apprendre un peu plus sur le personnage.

  • L’université à la solde des entreprises

La fac, laboratoire de « l’écosystème du Sillon Alpin »

Échec de la candidature aux Jeux Olympiques de 2018, abandon de la Rocade Nord, Bérézina du GF38, retards pour le projet GIANT (suite à l’annulation du PLU par Raymond « Tribunal-administratif » Avrillier), explosion en plein vol de DSK : les élus socialistes grenoblois sont en pleine sinistrose. Heureusement, dans cette avalanche de mauvaises nouvelles, un secteur se porte à merveille et leur donne l’occasion de faire de réguliers communiqués dithyrambiques d’autosatisfaction : l’université. Ici pas de grosse opposition, et une succession de premiers prix dans la course française à « qui va pomper le plus de fric à l’État ». GUI +, Idex, Equipex, Labex, IRT : les responsables collectionnent les distinctions comme les gamins exposent fièrement leurs coupes de cross. Perdu au milieu de toutes ces évolutions, où l’on agit de plus en plus à l’échelle du Sillon Alpin et où l’on tente de rentabiliser l’université, l’éternel étudiant du Postillon vous offre un décryptage.

  • Père Castor, raconte-nous une histoire de Grenoble ! Comment briller en société grenobloise ?

Père Castor n’est pas que ce vieillard sénile, rabachant à qui veut bien le publier, des histoires de révoltes dépassées où l’on caillasse la flicaille à qui mieux mieux. Derrière les apparences, il n’a pas son pareil pour briller en société. Il vous donne quelques tuyaux pour impressionner vos amis.

  • « les médias... demain ? » : Notre contribution

Journalisme 2021

Le 26 mai dernier, à l’occasion de ses 30 ans, le Club de la Presse Grenoble-Isère organisait une conférence à la Maison du Tourisme sur le sujet « Journalisme 2021 : les médias... demain ? ». Si nous ne raconterons pas ici cette conférence « twittée en direct », nous répondons à l’appel à contributions lancé à cette occasion par les étudiants en journalisme de Sciences-Pipo Grenoble, sur le thème « Comment voyez-vous le journalisme dans dix ans ? ».

  • Courrier des lecteurs, Brèves, Dessins