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Des graves inconvénients
de la bonne conscience

ou la théorie de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive

par Nestor Potkine



Dans quelle mesure des expérimentations de psychologie sociale peuvent-elles enrichir nos réflexions sur le changement de société ? Partant de deux faits à première vue sans lien entre eux, l'affaire Madoff et l'histoire des partis communistes occidentaux, Nestor Potkine - chroniqueur régulier du Monde Libertaire - explore pour nous les conséquences politiques de la « théorie de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive »...


Deux mystères

Le mystère de l’affaire Madoff1 réside dans la personnalité des victimes du plus grand escroc financier de l’histoire. Point de vieilles dames naïves. Point d’héritiers innocents séduits par des blondes fatales. Non. Des financiers, des industriels, des investisseurs, ferrés en histoire de la finance, en psychologie des marchés. Des intellects armés contre l’escroquerie de Madoff, si banale ; promettre des taux d’intérêt fabuleux, payer ces intérêts d’abord avec l’argent même des premiers investisseurs, ensuite avec celui de leurs relations attirées par le bouche à oreille. Payer Pierre avec les sous de Pierre, puis avec les sous de Paul, parce que des Paul, il en arrive constamment, tant les Pierre font de la publicité gratuite. On connaît ces escroqueries ''à la pyramide'' depuis aux moins trois cents ans !

Comment des millionnaires bardés de conseillers financiers ont-ils pu être bernés ?

Le mystère de l’histoire des partis communistes occidentaux réside dans la sincérité de leurs militants, travaillant à l’avènement du communisme, convaincus que l’URSS est le paradis, que là-bas l’ouvrier est heureux puisque la médecine est gratuite et le logement garanti. Les victimes de l’une des plus meurtrières escroqueries politiques de l’histoire réfléchissaient à la nature de la société. Elles critiquaient celle de leur propre société. Elles aimaient décrypter les mensonges de la presse aux ordres. Pourtant, alors que les voyageurs revenant de l’URSS voyaient que le régime échouait à fournir les biens les plus élémentaires à la population, alors que l’existence du Goulag ne fut jamais un secret, le PCF empochait 25% des voix en 1973 !

Comment des milliers de militants voués à la critique sociale ont-ils pu être bernés ?

Un point commun

Les réponses à ces deux questions sont complexes, elles entraînent plusieurs explications. Mais un point commun aux deux situations nous intéresse.

Jusque vers 1970, on ne devenait pas militant du PCF si facilement. Une fois admis, on sacrifiait beaucoup de temps et d’énergie à la cause. Quant à devenir permanent, seul un vrai dévouement parvenait à surmonter un parcours semé d’embûches.

Madoff, de son côté, prit le contre-pied de l’escroc banal. Au lieu de se dépenser en publicité, au lieu de supplier que l’on vienne investir, il demeura discret, presque clandestin. Investir chez Madoff semblait un privilège, rare. Il fallait être du sérail, avoir des relations. Même ainsi, Madoff refusait du monde. Longtemps, personne n’eut la certitude d’être admis chez lui.

Dans les deux cas, on part d’un « élément cognitif », c’est-à-dire un élément de cognition, de connaissance ; quelque chose que l’on pense, une idée, une notion, un fait, un principe :

« Militer au PC, soutenir l’URSS, c’est travailler au bien de l’humanité. »

« Je vais gagner beaucoup d’argent chez Madoff, parce qu’il est un génie de la finance, et qu’il m’a admis, moi plutôt que tant d’autres, dans son fond d’investissement. »

Dans les deux cas l’élément cognitif, situé au plus profond du dispositif, contredisait brutalement la réalité. Soutenir l’URSS revenait à soutenir la misère, le KGB, le Goulag. Investir chez Madoff signifiait verser de l’argent et ne plus le revoir.

Dans les deux cas, les victimes auraient pu découvrir leur erreur : les marins de Kronstadt, soldats de la révolution et non soldats tsaristes, périrent sous les balles bolchéviques dès 1921 ! Le pacte de non-agression entre Hitler et Staline ne pouvait pas non plus être un bon signe.

Madoff annonçait inexorablement entre 11 et 13% d’intérêt annuel quelle qu’eût été la santé de l’économie ; même Warren Buffett, pour l’instant le meilleur investisseur de l’histoire, a connu des années creuses. Madoff ne publiait rien sur ses méthodes et ses choix d’investissement. Ces deux facteurs eussent dû alerter ses victimes. D’ailleurs bon nombre d’investisseurs tentés se sont écartés de Madoff en découvrant ces deux anomalies.

Donc, pour les uns comme pour les autres, nous partons d’un élément cognitif en complète contradiction avec la réalité ET de la possibilité pour les égarés de connaître la vérité ET du fait que ces égarés demeurent, volontairement, égarés. Par quelle étrange magie ?


Proposition d'explication

Dans les deux cas, les victimes ont investi beaucoup. Pour les financiers de Madoff, des centaines de millions. Et une considérable énergie pour obtenir la permission d’entrer. Une fois entrés, ils sont restés, obstinément, souvent sans voir revenir un sou : car, à 13% par an, n’est-ce pas, on ne demande pas à retirer son argent, obnubilé que l’on est par les résultats de Bernie Madoff, tels qu’annoncés par Bernie Madoff.

Les militants ouvriers du PCF menaient une vie dure, celle d’un ouvrier, puis prenaient sur leur temps libre pour toutes les tâches ingrates du militant de base. Les permanents souffraient moins, mais sacrifiaient tout au parti, leur temps, leurs idées, leurs plaisirs, leur vie de famille ; et bien des amitiés. Les militants intellectuels avalaient mille couleuvres, se pliaient à mille exigences stupides pour se voir acculés à défendre un pays de moins en moins défendable.

Dégainons notre idée : lorsqu’un élément cognitif a beaucoup coûté pour être acquis, ou lorsqu’il coûte beaucoup à conserver en face d’un nouvel élément cognitif, plutôt que de l’abandonner, on change celui qui le contredit.

Loin d’être une banalité, ceci est la conséquence d’une théorie psychologique féconde, présentée en 1957 dans un livre intitulé A theory of cognitive dissonance, par Leon Festinger. Que signifient ces mots bizarres, « théorie de la dissonance cognitive » ?

Prenons des exemples d’éléments cognitifs ; « La Terre est plate », « Le Coran dit que le porc est impur », ou encore « Saddam Hussein possède la bombe atomique ».

Mais voilà qu’arrivent d’autres éléments cognitifs ; « La Terre est ronde », « L’omelette aux lardons de Tante Fatima est délicieuse », « Saddam Hussein affirme qu’il ne possède pas la bombe atomique ».

Les uns contredisent les autres.

On sait que la Terre est plate, puis on découvre les photographies de la NASA prouvant qu’elle est ronde ; on perçoit une dissonance entre ces deux éléments. On ressent cette dissonance comme une tension. On ressent cette tension comme désagréable.

Eprouver cette dissonance pousse à tenter de la réduire.

D’où le nom complet de la théorie de Festinger : « théorie de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive ». Cette découverte est bien moins banale qu’il n’y paraît ; elle explique des milliers d’actes et de croyances absurdes. Dangereuses, néfastes. En effet, par quels moyens réduit-on cette tension due à la dissonance cognitive ? Quelles seront les conséquences personnelles, sociales, politiques de ce besoin de réduire-la-tension-due-à-la-dissonance-cognitive, de ce besoin, parfois violent, obsédant, de ne plus subir une contradiction agaçante, humiliante, écrasante, voire terrifiante ?


Quelques exemples

1/ Premier élément cognitif : « les Américains soutiennent Israël, un pays féroce qui opprime les musulmans ». Puis, l’élément cognitif dissonant : « Les Américains ont mis un homme sur la Lune, ce qu’aucun pays musulman n’a été capable de faire ».

Comment réduire la dissonance ?

En ajoutant foi au mythe, très répandu dans les pays musulmans, que les images des alunissages ont été filmées dans le désert, et qu’on a ajouté un fond noir pour parfaire l’illusion !

Mieux encore, en trois coups :

« Israël est un pays féroce, peuplé de gens qui ne sont pas musulmans.»

« Tout le savoir sur le monde a été mis par Dieu dans le Coran. Il suffit de bien le lire. »

« Israël dispose d’une technologie militaire d’une supériorité écrasante sur celle des pays arabes, qui pourtant lisent le Coran. »

Réduisons la dissonance :

« Israël dispose d’une technologie militaire écrasante parce que les Juifs lisent le Coran plus attentivement que les Arabes ». Authentique ! Rappelons au passage que le Coran est écrit dans un arabe guère plus accessible aux Arabes que le vieux français ne l’est aux Français contemporains.

2/ Un second exemple. Dans Les Yeux de ma chèvre (éditions Terre Humaine), Eric de Rosny explique que les Abrons, un peuple africain tenant à l’harmonie des relations, détestent se montrer agressifs. Mais alors comment expliquer la mort ? Car pour les Abrons, elle résulte toujours d’une volonté, d’un acte de quelqu’un. A chaque mort, les Abrons savent que quelqu’un a provoqué cette mort. Un vieux monsieur mourut écrasé sous une poutre dévorée par les termites. De Rosny entendit ceci : « Nous savons bien que les termites mangeaient la poutre, mais pourquoi est-elle tombée juste au moment où il passait dessous ? »

Les sorciers ! C’est la faute des sorciers ! Hélas, personne chez les Abrons ne s’avoue sorcier, personne n’agit en sorcier. Alors, les Abrons ont concocté une solution à rendre jaloux le plus suave des chargés de communication d’une usine chimique : les sorciers ne savent pas qu’ils sont sorciers. Ils ne sont sorciers que la nuit, quand ils dorment. Les voilà à courir les cieux et à jeter des sorts aux gens. On ne s’aperçoit que quelqu’un était sorcier qu’après sa mort, à des signes anatomiques qu’on ne peut vérifier qu’en disséquant les cadavres. Ô splendide méthode anti-dissonance ! Ô merveille de réconciliation de la chèvre des bonnes relations de voisinage et du chou de la réalité de la mort !

3/ D'autres exemples : « Paris, 1943. M. Cohen, mon voisin qui m’agace, n’est pas humain, il est juif. Voyons, quelle est l’adresse de la Kommandantur… » « Mohammed n’est pas un citoyen français, c’est un bicot. » « Une centrale nucléaire n’est pas une machine à produire des déchets, radioactifs pendant cent mille ans, c’est une source d’énergie qui ne produit pas de gaz à effet de serre » « Madame Martin n’est pas une femme de ménage, c’est une technicienne de surface » « Cet emploi n’est pas précaire, il est flexible. »

Ces exemples montrent par quels moyens les planificateurs de l’énergie nucléaire, les employeurs qui déclassent leur main-d’œuvre de CDI en CDD, les tabasseurs de bicots se donnent bonne conscience ; la bonne conscience (en anglais, « self-justification ») est l’une des formes de la réduction de la dissonance cognitive.

N’oublions pas l’antique fable, déjà vieille lorsqu’Esope la raconta aux Grecs, des raisins verts : un renard voit une belle grappe de raisins. Il veut l’attraper, mais elle est placée trop haut pour lui. Dépité, il décide qu’ils sont trop verts, en définitive. C’est une autre forme, tout aussi fréquente, d’une autre conséquence de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive.


Théorie et prophétie

Festinger a écrit un second livre : Quand la prophétie échoue. Car la possibilité de vérifier sa théorie, non plus en laboratoire, mais dans la vie, se présenta en septembre 1954. Selon la presse, une Mme Keech prophétisait que la côte ouest de l’Amérique, de Seattle jusqu’au Chili, disparaîtrait dans l’océan. Des soucoupes volantes viendraient toutefois sauver les purs, elle et ses fidèles. Le 21 décembre 1954 à minuit.

Pas de temps à perdre. Festinger et quelques-uns de ses étudiants devinrent les disciples de Mme Keech, pour observer ce qui se passerait le 22 décembre 1954, lorsque la dissonance cognitive deviendrait intolérable. Comme toute théorie scientifique honnête, celle de Festinger se doit de permettre de prédire tel résultat, à chaque fois que telles conditions sont réunies. Si les conditions sont bien là, et que le résultat n’apparaît jamais ou rarement, la théorie est fausse. Si le résultat apparaît toujours ou souvent, la théorie est vraie… tant qu’on n’en trouve pas une meilleure ! Qu’affirmait la théorie ? Lorsqu’un élément cognitif a beaucoup coûté pour être acquis, ou lorsqu’il coûte beaucoup à conserver en face d’un nouvel élément cognitif, plutôt que de l’abandonner, on change celui qui le contredit. Festinger prédit donc, sur la base des aventures de cultes précédents, tous annonciateurs de la fin du monde à une date précise, que les personnes qui auraient le plus investi dans la croyance aux dons prophétiques de Madame Keech (elle-même, son mari, ses plus proches disciples) y croiraient plus fort encore qu’avant. Cependant que les disciples les moins investis réduiraient la dissonance cognitive dans le sens opposé : ils n’y croiraient plus.

Dans Quand la prophétie échoue, Festinger nous décrit par le menu la montée de la certitude chez Madame et Monsieur Keech. Il détaille au centimètre la solidité de la conviction de chaque disciple : de fait, plus le disciple était proche, socialement et émotionnellement, des Keech, plus la croyance était forte. Plus on s’approcha du 21 décembre, et plus Madame Keech et les autres disciples virent dans le moindre visiteur un envoyé des puissances invisibles. Le coup de sonnette du livreur de paquets devint celui d’un messager cosmique. Un étudiant de Festinger recruté à la hâte à cause de la soudaine grippe de l’un de ses camarades prit des airs de pilote de soucoupe volante.

À la date fatidique, Festinger épluche le suspense subi, l’énormité sous-jacente de la déception, les tentatives désespérées de Madame Keech, via les messages qu’elle ''reçoit'', de justifier l’absence de soucoupes volantes. Le groupe désemparé se raccrocha, en désespoir de cause, à un message selon lequel il s’était montré si fidèle, si méritant, que les puissances supérieures avaient décidé de repousser le cataclysme à plus tard.

Les évènements ultérieurs confirmèrent la théorie : plus les disciples étaient proches de Madame Keech, plus ils avaient investis de temps, d’énergie, de foi en elle, plus ils redoublèrent ensuite d’énergie pour continuer à diffuser sa prédiction. Toujours la même, mais cette fois sans date précise : ils réduisaient la dissonance « La prophétie de Mme Keech ne s’est pas accomplie » / « Cela fait des années que je crois en Madame Keech » en éliminant la première proposition. La colossale énergie mentale nécessaire pour supprimer, à l’intérieur d’eux-mêmes, la colossale dissonance cognitive était telle qu’elle se transformait, à l’extérieur d’eux-mêmes, en prosélytisme frénétique.


Désolantes conséquences

Intuitivement, les troupes d’élite et les écoles d’élite l’ont toujours su : les candidats doivent souffrir ! Les camps d’entraînement de la Légion étrangère ou des Marines sont des lieux pénibles. Pourtant, les Marines et les légionnaires sont en général extraordinairement attachés à leur unité. La cruauté des bizutages des grandes écoles, la dureté des efforts nécessaires pour y entrer et pour s’y maintenir jouent un large rôle dans la durable fidélité de leurs anciens élèves, au-delà des privilèges que leurs diplômes apportent : car si être un ancien élève des Arts et Métiers procure beaucoup d’avantages, se réengager dans la Légion étrangère ou dans les Marines en donne moins. Une fois le pire passé, on ne veut pas gaspiller cette extraordinaire dépense de ténacité, de résistance, d’énergie, alors on modifie l’élément cognitif « j’ai été humilié, torturé, abusé par la Légion : en « je suis fier et heureux d’appartenir à ma vraie famille, la Légion ».

Le maintien ou le retour au pouvoir de dirigeants nocifs bénéficie de la tendance à la réduction de la dissonance cognitive : on a trop travaillé, trop combattu, trop tué pour tel ou tel pour l’abandonner. Ainsi de l’ahurissant retour de Napoléon de l’île d’Elbe : les soldats dont il gaspillait les vies depuis quinze ans auraient dû le fusiller, ils lui firent un triomphe. Plutôt revenir risquer sa peau sur un champ de bataille qu’admettre que l’homme à qui on a donné quinze ans de sa vie était un assassin ! Le maintien de la popularité de Napoléon après sa capitulation, après sa mort, a de quoi étonner, alors que tant de familles françaises avaient perdu un ou plusieurs hommes dans son armée (plus de 250 000 soldats français périrent lors de la campagne de Russie en 1812...).

De même pour la popularité de Pétain. Non pas en 1940 : elle découle de la consternation et le désarroi des Français. Mais en 1942, en 1943… en 1944 ! Là, il s’agit en grande partie du refus d’admettre qu’on s’est trompé : une troisième forme de réduction de la dissonance cognitive.

S’acharner à demeurer dans un environnement nuisible s’explique aussi en partie par la réduction de la dissonance cognitive.

Il y a certes de nombreuses raisons, dont le dosage précis est toujours individuel, au fait que des femmes ne quittent pas sur-le-champ un homme violent qui les martyrise. Mais celles qui restent des années et des années ? A mesure que le temps passe, le mécanisme de la réduction de la dissonance cognitive (le poids des sacrifices déjà consentis) pèse de plus en plus lourd.

Il en va de même au sein des groupes qui imposent une implication quotidienne, voire horaire : partis communistes, ordres monastiques, sectes… Précisément, les religions utilisent sans cesse la tendance à la réduction de la dissonance cognitive. L’islam exige que pendant tout un mois, du lever au coucher du soleil, on s’abstienne de copuler, de manger, et même de fumer et de boire, fût-ce la plus petite goutte d’eau. Gros effort… et grosse récompense pour l’islam : quiconque a tenu pendant plusieurs Ramadans refuse de gaspiller cet épuisant effort, et en redouble pour se persuader qu’il aime Allah.

Que dire des juifs religieux au Moyen-âge, qui jour après jour, non seulement s’imposaient leurs inextricables interdictions alimentaires, et se présentaient en outre avec leurs deux longues boucles de chaque côté du visage ? Jour après jour, ils choisissaient de ne pas couper leurs boucles, de porter des signes distinctifs qui entraînaient un risque mortel. Gros effort… grosse récompense pour le judaïsme.

Et les chrétiens, si soumis à leur obsession de contrecarrer le plus grand et le plus tenace plaisir humain, le sexe ? Ces jeunes moines qui, minute après minute, s’efforcent de ne pas aller se masturber dans un coin sombre, de ne pas céder à la tentation ? Gros effort… grosse récompense pour le christianisme.


Existe-t-il un vaccin ?

D’abord : ne pas se laisser séduire. Une absurdité semble plus crédible lorsqu’elle vient :

- D’une personne que l’on aime ou que l’on admire. L’extraordinaire trajectoire sociale de Napoléon, que chacun revivait par procuration, lui valait l’admiration populaire.

- D’un grand nombre de personnes. Il est difficile d’être seul à avoir raison. Deux ou deux font néanmoins toujours quatre, même si le reste de l’humanité croit que deux et deux font cinq. Pendant des milliers d’années, l’humanité crut que la Terre était plate.

- D’une autorité, ou d'un expert. Un être humain demeure un être humain, faillible, partial, intéressé, quel que soit le nombre de rubans dorés sur son épaule, quel que soit le nombre d’années passées à étudier. Les médecins ont cru pendant des siècles que la saignée soignait tout. Des ingénieurs juraient que les avions ne décolleraient jamais parce qu’ils sont plus lourds que l’air.

- D’un bon conteur. Nous préférons une bonne histoire, dramatique, pleine de rebondissements, à un raisonnement froid, aride, chiffré, tout rigide de logique implacable.

- D’une institution. Hélas, les institutions ont leurs propres buts, dont, toujours, celui de leur propre survie. La recherche de la vérité, notamment si elle menace cette survie, ne jouit presque jamais de la priorité.

Ensuite : soumettre ce que les autres pensent, et surtout ce que l’on pense soi, à une critique résolue. En particulier, appliquer le principe de réfutabilité, exposé par Karl Popper dans Le réalisme et la science. Une théorie ne mérite le qualificatif de « scientifique » que si on la soumet à des expériences dont les résultats pourraient infirmer la théorie ; donc, si elle affirme « sous les conditions x, la théorie est juste si le résultat est y, elle est fausse si le résultat est z ». Une théorie n’est pas scientifique si « sous les conditions x, la théorie est juste si le résultat est y (parce que, n’oubliez pas le paragraphe 2b, hein !), et la théorie est encore juste si le résultat est z (parce que, n’oubliez pas le paragraphe 14c, hein !) ». Les religions, exemple chimiquement pur de théories non-scientifiques, ont toujours réponse à tout ; Dieu a toujours raison, qu’il ordonne à l’espèce humaine de se multiplier ou que plus tard il la massacre dans le Déluge, qu’il promette par la bouche de Mahomet qu’il « n’y a pas de contrainte en religion » ou qu’il édicte qu’il faut tuer les musulmans qui quittent l’islam, qu’il affirme que le peuple juif est son peuple élu ou qu’il le laisse gazer par millions.

Enfin, tenter d’oublier ce qu’un élément cognitif a coûté pour l’acquérir, ou pour le conserver, et ne considérer que le coût, ou le profit, de son abandon !


Pour aller plus loin

- L'échec d'une prophétie, Léon Festinger, PUF, 1993

- A theory of cognitive dissonance, Léon Festinger, Stanford University Press, 1957

- La Soumission à l'autorité, Stanley Milgram, Calmann-Lévy, 1994

- La soumission librement consentie, Joule et Beauvois, Presses Universitaires de France, 1998



NOTES

1 Homme d’affaires américain, président-fondateur d’une des principales sociétés d’investissements de Wall Street (Bernard L. Madoff Investment Securities LLC), Bernard Madoff a été condamné en juin 2009 à 150 ans de prison pour avoir réalisé une escroquerie portant sur 50 milliards de dollars. Cette escroquerie consistait, pour l'essentiel, en un système de spéculation fictive pyramidale fonctionnant par effet boule de neige, les intérêts des premiers investisseurs étant payés par le capital des derniers entrés.